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Menabe : Tsy manaiky ny fampiasana fitaovana tsy ara-dalàna ny mpanjono madinika

Menabe : Tsy manaiky ny fampiasana fitaovana tsy ara-dalàna ny mpanjono madinika

Eo ampandikana ny lahatsoratra amin'ny teny malagasy. 

Par Naboto et Mazava Volana. La principale entreprise de pêche de Morondava était censée faire de la collecte de produits halieuthiques à son arrivée en 2017. Trois années plus tard, en plus de la collecte de produits, elle pratique aussi la pêche. Les petits pêcheurs protestent.

L’entreprise MGYE dirigée par des ressortissants chinois est implantée à Morondava depuis 2017. Elle s’est investie dans l’achat de produits halieutiques récoltés par les petits pêcheurs de Morondava. L’entreprise a eu l’habitude de proposer la meilleure offre par rapport aux établissements hôteliers et aux poissonneries. Ces derniers proposaient un prix d’achat de 6 000 Ar/kg, tandis que MGYE a commencé à 7 500 Ar /kg, puis à 7 000 Ar/kg aujourd’hui. MGYE achète exclusivement les grosses prises, si les poissons sont de bonne qualité : intacts, sans blessures etc. Ce choix a attiré les petits pêcheurs qui se sont mobilisés pour approvisionner l’entreprise, à tel point que les gros poissons ont disparu des étals du marché de Morondava.

A partir de l’année 2020, MGYE a décidé de pratiquer la pêche en mer en utilisant des équipements qui, de l’avis des petits pêcheurs, ne sont pas adaptés à une pêche artisanale. Mais MGYE aurait obtenu un permis de pêche adéquat et pour cause : « la société pratique une pêche que l’on qualifie toujours d’artisanale car elle utilise des embarcations dotées par un moteur de 15 CV à 50 CV », d’après le Département de la Pêche à Morondava.

Sambatsy Bernard, président de l’association des pêcheurs d’Avaradrova Miray explique : « Nous n’avons pas de problème à ce que cette entreprise s’investisse dans la pêche, mais elle ne respecte pas la loi » Venus demander des explications auprès de la direction locale du Département de la Pêche du MAEP, les petits pêcheurs ont eu la surprise « d’avoir été rabroués ». Ils soupçonnent alors une connivence entre cette entreprise MGYE et le Département de la Pêche.

 

Des filets de 7km de long et 18m de profondeur ?

 

La taille des embarcations utilisées par MGYE ne pose pas de problème aux petits pêcheurs : ce sont plutôt les dimensions et la profondeur des filets qui les inquiètent. D’après les explications de Randrenjarivelo Tsiry Niaina, du Département de la Pêche à Morondava, « la profondeur d’un filet ne doit pas dépasser 2,50m ». Or, Nicolas Valérie, président de l’Apostolat de la mer et formateur au sein de ce même Département de la Pêche a constaté que « les grandes entreprises peuvent utiliser des filets allant jusqu’à 8 mètres de profondeur»

Constat que confirment les petits pêcheurs comme Voantio Victor et Rafaha Angelo, habitants de Sans-Fil, Solofo Jofeta de Nosy Kely et Larson, habitant d’Avaradrova et de nombreux membres de l’association Fikambanana Avaradrova Miray. Pour ces pêcheurs, l’entreprise MGYE « forme un barrage en utilisant un filet qui s’étend jusqu’à 7km et sur 18m de profondeur. » Le représentant du Département de la Pêche dit avoir « envoyé deux inspecteurs de son département pour un contrôle inopiné auprès de cette entreprise. Le rapport ne mentionne aucune infraction, les filets utilisés étaient tous aux normes ». Ce rapport ne nous a pas été accessible.

Les pêcheurs doivent utiliser des filets règlementaires pour la collecte de crabes.

 

Des conditions de travail illégales

 

A Morondava, le représentant de l’entreprise MGYE, un ressortissant chinois qui répond au nom de Liu Jianke dit que « l’entreprise respecte scrupuleusement la loi, mais nous sommes dénigrés par les petits pêcheurs ». Les explications de Liu Jianke, par intermédiaire de son interprète, nous apprennent le fonctionnement des équipes de mer : « sur une embarcation, chaque équipe est composée d’un Chinois qui dirige et de six ouvriers malgaches ». Aucun d’entre eux n’a signé de contrat de travail ni n’est affilié à la Caisse nationale de prévoyance sociale. Liu Jianke répond : « Il est difficile de faire un contrat avec ces ouvriers car ils changent trop souvent. Ces jeunes gens manquent d’ardeur au travail ». Un ouvrier qui nous a approché discrètement et en tout anonymat confie être handicapé à vie, suite à un accident en pleine mer : son bras a été blessé. L’entreprise n’aurait pas pris en charge les soins de l’accidenté qui a du arrêter de travailler. Toutefois, confie ce dernier, « la société a tout de même accepté que je puisse réintégrer le travail à un autre poste, mais sans contrat ».

 

Une sortie en mer dure cinq jours, et le salaire mensuel est de 400 000 Ar, selon ce dirigeant de MGYE. Mais en discutant discrètement avec les ouvriers, nous avons pu établir qu’ils perçoivent en réalité 5 000 Ar par journée de travail, qu’ils soient commandants ou matelots. Questionné sur cette différence, Liu Jianke évoque des « bonus si la pêche est bonne », ce qui ramènerait la somme versée aux pêcheurs à 400 000Ar. Aucun de ces derniers n’a confirmé ces propos.

 

Et si le poisson disparaissait ?

La pêche est généralement la principale source de revenus de ces petits pêcheurs. Ils estiment aujourd’hui que l’entreprise MGYE ferait une mainmise sur la pêche et imposerait ses pratiques. Qu’ils soient à Avaradrova, Morondava ou à Tanambao Port de Belo-sur-mer à 100km de Morondava, les petits pêcheurs sont inquiets car ils craignent que le stock de poissons ne s’amenuise. Ils accusent ces bateaux de faire barrage en utilisant ces grands filets sur le plateau continental où ils pêchent habituellement.

En effet, avec un matériel nettement plus perfectionné que les barques artisanales des pêcheurs traditionnels, l’entreprise peut rester en mer plus longtemps et remplir ses filets. Un premier bateau part devant pour jeter le long filet et le deuxième suit pour ramasser les produits. Effectivement, l’entreprise utilise deux bateaux, Hia I et Hia II, dont les papiers ont été délivrés par l’Agence Maritime, Portuaire et Fluviale (AMPF) de Morondava, sont complets.

Quant aux petits pêcheurs, ils pratiquent la pêche à la ligne ou utilisent des petits filets. En mer dès l’aube, ils ne rentrent sur la terre ferme que vers 19h, en fonction de l’éloignement du lieu de pêche.

Le Département de la Pêche ne peut pas surveiller

Au sein de la direction de la Pêche de Morondava, il est indiqué, contrairement à ce qu’affirment les pêcheurs locaux, que les bateaux Hia I et Hia II lancent leurs filets entre l’espace réservé aux pêcheurs industriels qui utilisent des bateaux de 50CV et l’espace réservé aux petits pêcheurs qui ne peuvent atteindre la haute-mer. Mais si l’Administration ne peut véritablement confirmer ou infirmer les inquiétudes des pêcheurs, c’est surtout par manque de moyens. Le contrôle des activités en haute-mer, et en profondeur qui plus est, nécessitent des équipements adaptés : « Nous n’avons pas les moyens nécessaires pour aller dans les profondeurs et sommes limités à n’inspecter que sur la terre ferme », confie le directeur du Département de la Pêche de Morondava. Mais il est évident que ce Département, par la voix de son directeur, s’est déjà fait une opinion bien tranchée sur la situation : « des gens font exprès de perturber l’activité de ces ressortissants Chinois qui respectent la loi jusqu’ici », résume-t-il, en écho aux propos de Liu Jianke. Et de continuer : « Si ces Chinois partaient, les affaires deviendraient encore plus difficiles car ils seront remplacés par des gens habitués aux « micmacs » ». De l’avis du département de la Pêche de Morondava, et malgré les inquiétudes et soupçons formulés par les pêcheurs et l’incapacité de l’Administration à faire un contrôle en bonne et due forme, cette entreprise MGYE serait un modèle de respect des lois et des conditions de travail.

 

A ce jour, aucun compromis n’a été trouvé entre les deux parties. Les petits pêcheurs continuent à crier haut et fort être lésés par les bateaux suréquipés et exigent du département de la Pêche de raffermir son contrôle des équipements de ces derniers. Une date aurait dû être fixée pour faire un constat conjoint de ces équipements, en présence du Département de la Pêche et des représentants de l’association des petits pêcheurs. Cette rencontre n’a pas encore eu lieu.