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Transport illégal de bois précieux à Morondava

Transport illégal de bois précieux à Morondava

Par Yves S. et Riana Raymond

 

Un directeur régional de forêt impliqué…

L’ancien député élu à Mahabo, l’ancienne directrice régionale des forêts de Morondava et un général sont épinglés. Ils seraient en effet compromis dans une affaire de transport illégal de bois dans la Région du Menabe. Tous sans exception ont cité leurs noms, depuis les responsables locaux jusqu’aux opérateurs de bois auprès de qui nous avons mené notre investigation. Cette affaire a été révélée entre autres par la police qui a intercepté à Antsirabe, le 25 novembre 2018, une voiture de type Sprinter de la Dredd Morondava (Direction Régionale de l’Environnement et du Développement Durable) chargée de palissandre déjà travaillé. Pourtant, le transport de ce bois n’avait pas reçu d’autorisation en règle, et la police avait été renseignée de la présence d’un véhicule suspect chargé de bois précieux. Lorsqu’elle a arrêté la voiture, la police a effectivement constaté la présence du bois de palissandre. Les papiers qui devaient autoriser l’opération étaient périmés. « Les transporteurs ont utilisé une autorisation de transport de bois en date du 13 jusqu’au 20 novembre. Nous avons tout de suite saisi la voiture et le bois. Nous avons avisé le propriétaire qui nous a envoyé de nouveaux papiers pour rectifier les premiers qui n’étaient pas légaux. », selon les explications des responsables à Antsirabe.

« La manière d’agir de ce responsable [NDLR : la directrice de la Dredd Morondava] est un peu étonnante. La police a dit que souvent, cette voiture transportait illicitement des bois en passant par Antsirabe, mais cette fois-ci, elle a fini par être arrêtée par la police », selon les explications de ces mêmes responsables. Les individus qui transportent du bois venant du Menabe ont l’habitude de procéder à la régularisation des documents uniquement une fois que l’infraction a été constatée, ces papiers étant signés par la directrice de la Dredd Morondava.

Lors d’un entretien à Morondava en mars dernier, la directrice de la Dredd Morondava, Madame Andoniaina Nirisoa, n’a pas du tout nié que la voiture lui appartienne ainsi que le bois intercepté à Antsirabe. D’après elle, c’est à cause d’un problème mécanique que le départ de la voiture a été retardé de trois jours. « La voiture m’appartient, ainsi que le bois transporté déjà travaillé. Il y avait là des madriers et des escaliers à destination d’Ambositra. Mais la voiture a eu des problèmes mécaniques et n’a pas pu partir à la date mentionnée dans l’autorisation. Les responsables d’Antsirabe ont demandé les papiers certifiant que le chargement était régulier, et lorsque ceux-ci leur ont été envoyés, ils ont laissé partir le bois et la voiture, qui se trouvent désormais à Ambositra », selon ses explications. En revanche, elle conteste les dires selon lesquelles sa voiture avait l’habitude de transporter du bois, affirmant au contraire que c’était la seule et unique fois qu’elle a utilisé sa voiture dans ce but. Il convient de noter cependant que l’arrestation du véhicule de la directrice de la Dredd s’est déroulée durant la période d’interdiction totale d’exploitation du bois de palissandre, mais également de transport de bois de palissandre même déjà travaillé, décrétée par le gouvernement en début d’année.

 

…De même qu’un ancien député

L’ancien député élu à Mahabo, Raveloson Ludovic, dit Leva, fait aussi partie de ceux qui sont cités par les personnes proches de l’affaire. C’est d’Antsirabe que les informations sur son implication présumée sont apparues. On y parle notamment d’un camion appartenant à cet ancien député. « Le 14 et le 15 février derniers, nous avons reçu des informations sur des camions semi-remorque de couleur jaune et rouge, immatriculés 2307 TBJ et 6954 TBF, appartenant à ce député, qui seraient partis de Morondava en transportant du bois de palissandre. Nous les avons donc attendus à Antsirabe pendant deux nuits de suite, mais les camions ne sont pas venus. Il est possible qu’ils aient été prévenus et que c’est pour cela qu’ils ne sont pas passés. Nous continuons encore à recueillir des renseignements les concernant. Le 28 février, du bois de palissandre a été saisis à Mandoto », selon les explications données par les responsables de la police d’Antsirabe.

Un employé qui a collaboré pendant huit ans avec l’ex-député affirme que cet élu a travaillé auparavant dans l’exportation de ce bois. « Il y a une collaboration entre lui et les autorités de Morondava, dont le directeur régional des forêts et le chef de Région », selon les dires de cet employé du député qui connaît parfaitement ses méthodes de travail. D’après lui, l’ancien député et ses collaborateurs sont protégés par un puissant réseau qui les rend intouchables.

 

…Et un général faisant office d’intermédiaire

Un général jouerait le rôle d’intermédiaire dans cette affaire de trafic de bois précieux. Le nom du général à la retraite Tatanjaky est ainsi souvent cité. Ce serait lui qui protègerait les transporteurs de bois qui empruntent la route nationale N° 34. Nos interlocuteurs nous ont aussi donné le nom d’une dame appelée générale Lala qui règnerait en despote sur la filière bois. « Il suffit que les chauffeurs disent que les camions appartiennent au général, et personne ne les arrête », selon les explications de ceux auprès de qui nous avons enquêté, notamment l’ancien chef de région et un employé de l’ancien député de Mahabo. Les responsables d’Antsirabe aussi soutiennent qu’un général aiderait les trafiquants.

L’ancien député Leva, élu à Mahabo, nous a affirmé qu’il ne fait plus de commerce de bois depuis que le gouvernement l’a interdit. « Nous, ma femme, mes enfants et moi, sommes des opérateurs de riz et de maïs. Nous ne nous ne faisons pas de commerce ou de coupe de bois précieux, et je lutte même contre la déforestation. Nous étions déjà volontaires pour collaborer avec le directeur régional des forêts de Morondava, mais cela ne s’est pas concrétisé car eux n’étaient pas prêts », affirme ainsi le député.

 

Les forces de l’ordre disent chercher des preuves

Les responsables de la sécurité à Morondava en poste depuis peu, comme le commissaire divisionnaire Razafindranony Honorée, ceux de la gendarmerie, jusqu’au procureur général de Morondava, affirment tous qu’ils cherchent des preuves concernant ces personnes citées régulièrement dans des affaires d’exportation de bois. Chacun de ces responsables à Morondava possède une liste de ces noms, mais les preuves manquent. De même, il n’y a pas de plaignant dans ces affaires. Des rapports font état d’arrestations, de bois qui aurait été saisi en provenance de diverses localités comme Tsimahavao, Beloha, Ankiridihy. Pourtant, aucun renseignement fiable n’est obtenu sur les personnes commanditaires de ces trafics.

 

Rejet mutuel de responsabilité ou complicité ?

Les représentants de l’Etat dans la région Menabe semblent se rejeter mutuellement la responsabilité de cette situation. Certains d’entre eux seraient eux-mêmes impliqués dans le trafic de bois, ce qui serait la raison de cette méfiance généralisée. Les opérateurs de bois ne sont pas non plus au-dessus de tout soupçon : ils s’invectivent et se désignent l’un l’autre comme responsables de trafic de bois, et de fournir des papiers pour les autorisations de transport. Ainsi, un opérateur appelé « Mon ami » nous a affirmé qu’il faut payer jusqu’à 40 millions d’ariary pour obtenir des documents administratifs autorisant la sortie du bois précieux. Ces autorisations s’échangeraient ensuite pour un montant allant jusqu’à 200 millions d’ariary. Ce marché entre ceux qui achètent les autorisations, ceux qui ont l’autorité et les élus alimenterait la corruption.

Au début du mois de mai, tous les directeurs régionaux de l’Environnement et du Développement Durable ont été relevés de leurs fonctions et remplacés suite à un conseil des ministres. Parmi eux, la directrice du Dredd de Morondava, qui a été affectée à une autre région.